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Méditation de l’évangile du dimanche de Pâques par le P. Xavier Guermonprez
Nous sommes au matin du samedi-saint, du jour d’attente dans la tristesse de l’absence de Celui qui est mort sur la Croix… Mais pourtant, pour des raisons techniques, je vous envoie déjà le commentaire sur l’Évangile de la Résurrection! Vous n’êtes pas obligé(e) de lire ce courriel tout de suite, et attendre de vous sentir prêt(e) à accueillir cette nouvelle!
Alléluia! «Chantons la louange du Seigneur!» Alléluia!
Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité! Alléluia!
Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie! Alléluia!
Allez dans le monde entier: proclamez l’Évangile à toute la création. Alléluia!

PSAUME 117:
Les paroles du Psaume 117 sont particulièrement adaptées à la fête de Pâques. Elles résonnent d’ailleurs plusieurs fois dans la liturgie du temps pascal, le plus souvent par extraits… Voici le texte dans son intégralité:
Alléluia!
Rendez grâce au Seigneur: Il est bon!
Éternel est son amour!
Oui, que le dise Israël:
Éternel est son amour!
Que le dise la maison d’Aaron:
Éternel est son amour!
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur:
Éternel est son amour!
Dans mon angoisse j’ai crié vers le Seigneur,
et lui m’a exaucé, mis au large.
Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas;
que pourrait un homme contre moi?
Le Seigneur est avec moi pour me défendre,
et moi, je braverai mes ennemis.
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les hommes;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les puissants!
Toutes les nations m’ont encerclé:
au nom du Seigneur, je les détruis!
Elles m’ont cerné, encerclé:
au nom du Seigneur, je les détruis!
Elles m’ont cerné comme des guêpes:
(- ce n’était qu’un feu de ronces -)
au nom du Seigneur, je les détruis!
On m’a poussé, bousculé pour m’abattre;
mais le Seigneur m’a défendu.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur;
il est pour moi le salut.
Clameurs de joie et de victoire
sous les tentes des justes:
«Le bras du Seigneur est fort,
le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort!»
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur:
il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,
mais sans me livrer à la mort.
Ouvrez-moi les portes de justice:
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
«C’est ici la porte du Seigneur:
qu’ils entrent, les justes!»
Je te rends grâce car tu m’as exaucé:
tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle:
c’est là l’oeuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie!
Donne, Seigneur, donne le salut!
Donne, Seigneur, donne la victoire!
Béni soit au nom du Seigneur
celui qui vient!
De la maison du Seigneur,
nous vous bénissons!
Dieu, le Seigneur, nous illumine.
Rameaux en main, formez vos cortèges
jusqu’auprès de l’autel.
Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
mon Dieu, je t’exalte!
Rendez grâce au Seigneur: Il est bon!
Éternel est son amour!
Texte liturgique officiel – © AELF – Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones – https://www.aelf.org/

Guido di Pietro (vers 1400-1455), fut un moine dominicain ayant le génie de la peinture. Il fut appelé Fra Angelico (Frère Angelico) après sa mort, et reste connu aujourd’hui sous ce pseudonyme. « Noli me tangere » fait partie d’un ensemble de fresques réalisées par l’artiste au couvent San Marco de Florence. (Plus de renseignements sur https://www.rivagedeboheme.fr/pages/arts/oeuvres/fra-angelico-noli-me-tangere-1440-41.html)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean. (Jn 20,1-9)
Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin; c’étaient encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé.»
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

3 COURTS COMMENTAIRES:
Avec l’Évangile de saint Jean, nous avons un témoignage de première main! Car saint Jean fait partie des premiers Apôtres, et a fidèlement suivi leur maître Jésus dans sa foi adolescente… Il peut donc mêler ses propres souvenirs à l’annonce de la Bonne-Nouvelle, écrivant notamment aux chrétiens d’Éphèse qu’il accompagne pendant ses vieux jours. Bien des détails de ce texte nous portent à le lire comme un reportage journalistique. Toutefois saint Jean appuie son argumentation théologique sur certains détails! Même s’il faut relativiser l’exactitude des souvenirs, tout cela donne une force de témoignage exceptionnelle à ce texte! Le détail d’une femme qui vient avertir les Apôtres incrédules est partagé par les 3 autres Évangiles… Les linges restés dans le tombeau sont relatés par saint Luc et saint Jean… Et l’apôtre Jean arrivant au tombeau avant Pierre n’est décrit que dans saint Jean!
Le dernier jour de la semaine est le samedi, le jour du repos du sabbat codifié dans le récit de la création (cf. Genèse 1). Il est, ce jour de pleine lune du printemps, associé à la grande fête juive de Pâques, qui a évolué au cours des siècles d’une fête des prémices (jeunes pousses) offerts à Dieu en forme de reconnaissance, à la commémoration du passage de la Mer-Rouge (cf. Exode 14).
Le premier jour de la semaine suivante est donc le dimanche! Il correspond au troisième jour après la mort de Jésus sur la Croix. On peut rencontrer aussi l’expression de « huitième jour » (7+1), peut-être empruntée à l’Évangile de saint Luc, quand Jésus-ressuscité apparaît à nouveau huit jours plus tard…
Que de dynamique dans ce texte! Marie-Madeleine court… Pierre et Jean courent… Mais après quoi courent-ils? On peut imaginer Marie-Madeleine bouleversée de voir le tombeau vide, désorientée par cet événement inattendu et traumatisant… comme si Jésus mourait une deuxième fois! Elle semble courir après la mémoire de son défunt maître, et l’honneur qu’elle voudrait rendre à son corps. Elle aura à accueillir l’inouï de la Résurrection: une présence différente de son maître… Pierre et Jean courent pour vérifier, et pour comprendre le sens de cet événement incroyable! Saint Jean est le plus ouvert à l’idée de la Résurrection, et le signe des linges pliés lui suffit pour se rappeler des paroles prophétiques de Jésus. Saint Pierre par contre aura besoin d’autres signes pour aller au-delà de sa tristesse et poser un acte de foi! Et moi, après quoi est-ce que je cours? Comment la foi en la Résurrection imprègne-t-elle mes journées de labeurs et de rencontres?

PRIÈRE UNIVERSELLE proposée par la communauté œcuménique de Taizé:
Ô Christ ressuscité, tu es vivant pour toujours, nous t’adorons.
Loué sois-tu, Seigneur ressuscité.
Tu es descendu au plus bas pour révéler
l’amour du Père à toute créature humaine.
Loué sois-tu, Seigneur ressuscité.
Tu es monté vers ton Père et notre Père.
Loué sois-tu, Seigneur ressuscité.
Ô Christ, comme au soir de ta résurrection
tu souffles sur chacun de nous l’Esprit Saint.
Loué sois-tu, Seigneur ressuscité.
Tu nous offres d’être témoins de ta présence.
Loué sois-tu, Seigneur ressuscité.
Jésus, Amour de tout amour, ta compassion est sans limites.
Nous avons soif de toi qui nous dis: « Pourquoi avoir peur?
Ne crains rien, je suis là. »
(Texte extrait de la page internet: https://www.taize.fr/fr_article212.html?id_document=5948)

QU’EST-CE QUE LA « SÉQUENCE PASCALE » ?
La séquence vient du latin sequentia, « ce qui suit ». Il s’agit d’un poème, chanté au cours de la liturgie catholique romaine, autrefois destiné à développer le chant de l’alléluia pour les paroisses et les monastères de l’Europe occidentale. Au cours du Moyen-Âge en effet, on désirait étendre la durée de l’Alléluia, en y apportant par exemple des commentaires de l’Évangile proclamé juste après. Les séquences se sont donc épanouies dans ce contexte, et rapidement formalisées dans le chant grégorien. Puis, les siècles passant, l’Église en a retenu quatre, dont celle du jour de Pâques. Aujourd’hui les séquences gardent leur pertinence théologique, et peuvent jouter une force poétique aux célébrations, ainsi qu’un lien à la tradition chrétienne. Voici la traduction en français de la séquence pascale:
«À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.
«Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin?»
«J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité! Il vous précédera en Galilée.»
Nous le savons: le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié! Amen.»
Il y a de nombreux chœurs grégoriens qui chantent cette séquence. Je vous en propose une version filmée par le chœur Hortus Musicus (2mn): https://www.youtube.com/watch?v=hkzX1ToNcYw
Un historique de cette séquence est détaillé sur la page internet: https://fr.wikipedia.org/wiki/Victim%C3%A6_paschali_laudes

COMMENTAIRE DE LA VEILLÉE PASCALE:
Le site internet de notre diocèse propose une petite explication de la Veillée pascale (Vigile pascale d’après l’expression latine). Cette année, à cause du couvre-feu, beaucoup de paroisses la proposent à la fin de la nuit, peu avant le lever du soleil qui se fera à 7h21.
«Qu’éclate dans le ciel la joie des anges!
Qu’éclate de partout la joie du monde
Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu
La lumière éclaire l’Église,
La lumière éclaire la terre, peuples, chantez!
«Avec la liturgie splendide de la Vigile pascale s’ouvre la fête de Pâques: «la fête des fêtes, la solennité des solennités» (St Augustin). Dans la plus sainte des nuits, la flamme du cierge pascal brille en signe de la victoire définitive du Christ sur la mort!
«La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est «une veille en l’honneur du Seigneur» durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge de Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles.
«C’est aussi durant cette veillée –ou Vigile pascale– que sont célébrés les baptêmes d’adultes. Ils sont l’occasion pour les fidèles de renouveler les promesses de leur baptême. À l’issue de leur chemin de catéchuménat, vécu depuis plusieurs années, cette nuit pascale constitue un sommet pour leur initiation chrétienne.»
(Texte extrait de la page internet: http://www.orleans.catholique.fr/vivre-sa-foi/fetes-et-temps-liturgiques/vigile-pascale)

CONCLUSION AVEC SAINT JEAN CHRYSOSTOME:
Concluons avec l’homélie de Pâques de saint Jean-Chrysostome, qui est lue pendant l’office pascal chez nos frères et sœurs orthodoxes:
«Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité. Tout serviteur fidèle, qu’il entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur. Celui qui a porté le poids du jeûne, qu’il vienne maintenant toucher son denier. Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu’il reçoive aujourd’hui le juste salaire. Celui qui est venu après la troisième heure, qu’il célèbre la fête dans l’action de grâce. Celui qui est arrivé après la sixième heure, qu’il n’ait aucun doute, il ne sera pas lésé. Si quelqu’un a tardé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter. S’il a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa lenteur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier; il accorde le repos à l’ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première. Il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il donne à l’un, il fait grâce à l’autre. Il accueille les œuvres, il apprécie le jugement; il honore l’action et loue l’intention. Aussi, entrez tous dans la joie de notre Seigneur. Premiers et derniers, recevez le salaire.
«Riches et pauvres, chantez en chœur tous ensemble. Les vigilants comme les nonchalants, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné, et vous qui ne l’avez point fait, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est prête, mangez-en tous; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun.Jouissez tous du banquet de la foi. Que nul ne déplore sa pauvreté car le Royaume est apparu pour tous. Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon s’est levé du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés. Il a détruit la mort, celui qu’elle avait étreint. Il a dépouillé l’enfer, celui qui est descendu aux enfers. Il l’a rempli d’amertume, pour avoir goûté de sa chair. Isaïe l’avait prédit en disant: « l’enfer fut rempli d’amertume lorsqu’il t’a rencontré »; rempli d’amertume, car il a été joué; bouleversé, car il fut mis à mort ; bouleversé, car il fut anéanti. Consterné, car il saisit un corps et trouva un Dieu. Il prit de la terre et rencontra le ciel. Il saisit ce qu’il voyait, et tomba sur celui qu’il ne voyait pas. Ô mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Le Christ est ressuscité et tu as été terrassé. Le Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie. Le Christ est ressuscité et voici que règne la vie. Le Christ est ressuscité, et plus un mort au tombeau, car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. À lui, gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.»
Saint Jean-Chrysostome, archevêque de Constantinople de 397 à 404, homélie pour le saint et grand jour de la Pâque.

—
Xavier Guermonprez, prêtre à Montargis.