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Méditation de l’évangile du dimanche des Rameaux du 28 mars par le P. Xavier Guermonprez

L’Évangile est long cette fois-ci! C’est la Passion du Christ, que nous lirons avec la sobriété convenant aux moments d’épreuve.
Ici je ne vais pas chercher à tout commenter! Ce serait beaucoup trop long! J’ai plus sobrement trouvé quelques commentaires ou prières susceptibles de renouveler notre regard sur le Christ en croix…

La richesse de la tradition nous fait accueillir à la fois la joie de la venue du Christ (commémoration de l’entrée de Jésus à Jérusalem et procession des rameaux), et à la fois la tristesse de l’injuste condamnation de Jésus (liturgie de la Passion). J’y reçois la sagesse des générations, de montrer la vie en société comme pétrie de joies et de difficultés dans toute relation humaine! et la merveille de l’action de Dieu, qui vient tout transformer en vie nouvelle…

Cette fête des Rameaux nous fait entrer dans la Semaine-Sainte (Dernier repas de la Cène jeudi, célébration de la Croix vendredi), et nous prépare à faire résonner la joie de Pâques! Elle forme comme un préambule à la tragédie de la souffrance et de la mort, mais en même temps au signe de la Résurrection.


INTRODUCTION de Joseph Prou

En ce matin du vendredi avant la Pâque où Jésus était crucifié, nombreux étaient ceux qui assistaient en spectateurs : amis impuissants, simples badauds, passants, étrangers, s’apitoyant peut-être momentanément sur le sort des condamnés…

Jésus est l’acteur principal de la Passion. Nous ne pouvons pas le “regarder de loin”, parce qu’il est en solidarité profonde avec nous. “Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures” (1 Co 15, 3). “Ce sont nos souffrances qu’il a portées” (Isaïe 53, 4).
Jésus souffrant sa Passion représente tous ceux qui, dans notre humanité, sont “crucifiés” d’une manière ou d’une autre par le péché, l’épreuve, la maladie, la faiblesse, la brutalité, la solitude et l’injustice. Tous ceux qui ont été victimes de trahison, d’abandon, de calomnie ou de jugement inique, de torture physique ou morale, peuvent se reconnaître en lui. “Avec le Christ, je suis un crucifié”, écrit encore Paul (Galates 2, 19).
Le Christ est proche sur nos “chemins de croix”. Les luttes que nous avons à mener nous aussi sont à l’image de son combat contre le mal et le péché…

Quant aux autres acteurs du drame, il nous est également difficile de les “regarder de loin”, comme si nous n’avions rien de commun avec eux.
Judas nous rappelle nos trahisons de l’amitié, de l’amour, de la parole donnée…
Pierre nous renvoie à nos reniements et à nos abandons de la foi, alors que nous nous targuons volontiers de tenir bon et d’être meilleurs que les autres…
Les disciples endormis puis en fuite ne sont-ils pas le reflet de nos assoupissements et de nos manques de courage quand il s’agit de témoigner ?…
Pilate n’évoque-t-il pas nos propres lâchetés devant Dieu et devant les hommes quand nos intérêts personnels passent avant la justice et la vérité ?…
Par contre, d’autres acteurs de la Passion ont éclairé “l’Heure des ténèbres” de leur courage et de leur foi : Simon de Cyrène, qui a porté la croix aux côtés du Seigneur, incarne nos accompagnements fraternels de ceux qui souffrent ou sont exclus.
Nous rejoignons le centurion romain qui a rendu hommage au Crucifié, lorsque nous témoignons.
La Passion du Christ se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Quel rôle y jouons-nous ?

Joseph Proux – Signes d’Aujourd’hui

(Texte extrait de la page internet: https://croire.la-croix.com/Paroisses/Textes-du-dimanche/2018/Dimanche-des-Rameaux-dimanche-25-mars-2018/Avec-la-Parole/Commentaire)


« Christ souriant », sur la croix de la chapelle du Château de Javier (où est né saint François-Xavier), en Navarre (Espagne).

Prière devant le Christ en Croix:

Quand on s’est mis devant le Christ en Croix
Et qu’on se voit pécheur jusqu’au fond de l’être,
Qu’on se sait pardonné par le plus grand amour,
On peut affronter le malheur du monde,
On peut apporter le pardon et l’espoir au cœur de la nuit,
Annoncer une Église fondée sur Pierre, pécheur et pardonné.

Quand on rêve d’apporter la justice aux affamés,
La joie aux malheureux, la paix entre les ennemis,
Et qu’on a vu Jésus toucher les lépreux,
Embrasser les enfants et sécher les larmes des mères,
On peut oser lui demander d’être admis à sa suite,
Et de marcher parmi ses disciples.

Quand on a livré sa vie au Seigneur Jésus,
Quand on engage son existence devant une décision de fond,
On trouvera toujours dans le monde des frères et des sœurs,
Des hommes et des femmes sachant pourquoi ils vivent,
Et l’on verra paraître le vrai visage d’une Église
Accueillante et sereine au milieu des hommes.

Quand on a entendu les cris de détresse de la terre,
Et qu’on sent germer l’espoir aux quatre vents du monde,
On cherche à rejoindre le coeur de l’univers,
Le centre mystérieux de l’humanité.
Et l’on va se mettre au service de l’Église et du Pape
Pour mieux entendre ses appels.

Quand on est lié par le coeur des frères,
François-Xavier, Jean de Brébeuf, Pierre Claver,
Et ceux aujourd’hui
Dans les prisons de Chine ou les bidonvilles d’Afrique,
On n’a plus peur de rester inutile dans un monde rétréci:
De tous les horizons, Dieu saura nous appeler.

Poème de Jacques Guillet s.j


Passion de notre Seigneur Jésus Christ. (Mc 14,1 – 15,47)
La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient: «Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple.» Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux.

Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient: «À quoi bon gaspiller ce parfum? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres.» Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit: «Laissez-la! Pourquoi la tourmenter? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis: partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire.»

Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent: «Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?» Il envoie deux de ses disciples en leur disant: «Allez à la ville; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire: “Le Maître te fait dire: Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs.» Les disciples partirent, allèrent à la ville; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara: «Amen, je vous le dis: l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer.» Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient: «Serait-ce moi?» Il leur dit: «C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là!»

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit: «Prenez, ceci est mon corps.» Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit: «Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu.» Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 

Jésus leur dit: «Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée.» Pierre lui dit alors: «Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas.» Jésus lui répond: «Amen, je te le dis: toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois.» Mais lui reprenait de plus belle: «Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas.» Et tous en disaient autant.

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples: «Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier.» Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit: «Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez.» Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait: «Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux!» Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre: «Simon, tu dors! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation; l’esprit est ardent, mais la chair est faible.» De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit: «Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait; l’heure est venue: voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous! Allons! Voici qu’il est proche, celui qui me livre.»

Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu: «Celui que j’embrasserai, c’est lui: arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde.» À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit: «Rabbi!» Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara: «Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent.» Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage: «Nous l’avons entendu dire: “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.”» Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus: «Tu ne réponds rien? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi?» Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau: «Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni?» Jésus lui dit: «Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel.» Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit: «Pourquoi nous faut-il encore des témoins? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous?» Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant: «Fais le prophète!» Et les gardes lui donnèrent des coups.

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit: «Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth!» Pierre le nia: «Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles.» Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là: «Celui-ci est l’un d’entre eux!» De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour: «Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen.» Alors il se mit à protester violemment et à jurer: «Je ne connais pas cet homme dont vous parlez.» Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite: «Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois.» Et il fondit en larmes.

Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea: «Es-tu le roi des Juifs?» Jésus répondit: «C’est toi-même qui le dis.» Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau: «Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi.» Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.

À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit: «Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs?» Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait: «Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs?», de nouveau ils crièrent: «Crucifie-le!» Pilate leur disait: «Qu’a-t-il donc fait de mal?» Mais ils crièrent encore plus fort: «Crucifie-le!» Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant: «Salut, roi des Juifs!» Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.

Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit: Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire: neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots: «Le roi des Juifs». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

Les passants l’injuriaient en hochant la tête: ils disaient: «Hé! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix!» De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux: «Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël; alors nous verrons et nous croirons.» Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire: midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte: «Éloï, Éloï, lema sabactani?», ce qui se traduit: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient: «Voilà qu’il appelle le prophète Élie!» L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant: «Attendez! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là!» Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara: «Vraiment, cet homme était Fils de Dieu!» Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

Déjà il se faisait tard; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. Il était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

(Traduction liturgique officielle – © Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones – https://www.aelf.org/)

Crucifix de santa Maria Novella, peint par Giotto di Bondonne vers 1288-89, exposé à Florence.


Commentaire inspiré du peintre Giotto:
Quelle souffrance est exprimée dans ce crucifix disposé entre terre et ciel, évoquant Jésus homme et Jésus Dieu ! Alors pourquoi Jésus Dieu a-t-il traversé cette souffrance, pourquoi est-il passé par l’humiliation de la croix? N’y avait-il pas d’autres moyens pour sauver les hommes ? Quel mystère !

Jésus n’a pas choisi la croix mais l’amour, l’amour jusqu’au bout, jusqu’au don total.

Le crucifix de Giotto a la même forme que le fameux crucifix de saint Damien qui était censé avoir parlé à saint François d’Assise. Il a été inspiré par l’école de la spiritualité franciscaine du Christ résigné qui met en évidence le thème de l’amour, et pourtant le visage du Christ est réaliste, loin de la forme idéalisée de l’art byzantin. Dans le corps sans vie de Jésus règne une douceur et un silence qui nous attirent.

Giotto utilise de subtils coups de pinceaux délicats et veloutés pour rendre l’humanité du  corps  de Jésus dans sa souffrance, abandonné dans la mort. Il  est affaissé, abandonné dans la mort, les côtes saillantes, nu, hormis le périzonoum (pagne de pureté), comme l’étaient les suppliciés romains. Cette nudité est riche de signification : la nudité innocente des origines avant le péché était le vêtement de gloire de l’homme, elle reflétait l’amitié transparente et belle avec Dieu. Jésus nu tisse à partir de la croix le vêtement nouveau de la dignité filiale de l’homme.

Jésus a choisi l’Amour du Père. Un amour qui s’est concrétisé par une obéissance parfaite au dessein bienveillant du Père : la participation de tous les hommes à sa Vie et à son bonheur éternels, c’est-à-dire l’exact opposé de la mort et de la souffrance. Jésus a donc aussi choisi l’Amour des hommes.

Giotto montre Jésus les bras largement ouverts, au-dessus de ceux qui le regardent, pour embrasser toute l’humanité dans son acte d’obéissance et de rédemption.

Sa tête se penche sur son épaule, les yeux clos, baissés vers la terre, vers les témoins de son supplice, vers les croyants qui entrent dans l’église, vers nous, pour qui il est mort par amour. Ses cheveux roux sont éclairés par l’auréole qui entoure sa tête.

Le sang coule aux pieds de Jésus pour atteindre le rocher du Golgotha où est visible le crâne d’Adam qui émerge du rocher sortant de la mort, sauvé par le nouvel Adam. La mort est vaincue.

Jésus a accepté de descendre au plus profond des ténèbres humaines, il a accepté de vivre ce que l’homme rejette le plus, la souffrance et la mort, et cela de la manière la plus abjecte de l’époque, la crucifixion ; ainsi dans les ténèbres sont infusés la vie éternelle et l’amour, source du vrai bonheur. Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance et la mort, ce qui aurait atteint la liberté humaine, mais il est venu les remplir de sa présence

 Sur les « tabellone » sont représentés Marie et Jean, eux aussi très humanisés. Ils regardent intensément Jésus, le visage ravagé par la douleur. N’est-ce pas notre regard quand une douleur trop grande nous envahit, que nous nous retenons de pleurer, nous serrons les poings ? Jésus les regarde avec compassion, leur montre le chemin à emprunter pour devenir comme Dieu, pour vaincre la puissance de l’orgueil : cette victoire ne pouvait venir que de l’amour qu’est Dieu lui-même.

Il invite les hommes à aller vers lui, il a pris sur lui notre labeur, lui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos.» (Matthieu 11,28). «La meilleure preuve d’amour est de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jean 15,13), il est le premier à le faire pour l’amour du Père et celui des hommes. Puissions nous être habités par cette passion pour Dieu et pour tous nos frères humains !

Dominique de Pirey, Cetad, historienne de l’art et théologienne

(Texte extrait de la page internet: https://jesus.catholique.fr/questions/pourquoi-jesus-est-il-mort-sur-la-croix/crucifix-de-santa-maria-novella-de-giotto-di-bondonne/


Pour celles ou ceux qui apprécient la musique classique, j’ai trouvé (en préparant les obsèques d’une vieille amie) une version intéressante du choral de Bach « O Haupt voll Blut und Wunden », dont je vous livre le texte ci-dessous. Jean-Sébastien BACH a réalisé un contraste incroyable entre la douceur de la musique et le réalisme du texte!

Pour écouter ce choral interprété par un trombone à coulisse pendant la crise sanitaire: https://www.youtube.com/watch?v=YlqFpcazluU

«Ô tête pleine de sang et de blessures,
Pleine de douleur et pleine de mépris,
Ô tête, ceinte dans la moquerie
Par une couronne d’épines,
Ô tête, normalement magnifiquement ornée
Avec les plus grands honneur et ornement,
Mais maintenant honteusement traitée,
Laisse-moi t’accueillir !

«Toi noble visage,
Devant qui en d’autres heures doivent trembler et craindre
Les grandes puissances du monde,
Comme on te crache dessus ;
Comme tu es pâle !
Par qui la lumière de tes yeux,
À qui en d’autres temps aucune lumière ne peut être comparée,
A-t-elle été si honteusement traitée ?

(Traduction de https://lyricstranslate.com)
(Notes historiques à propos cette musique sur la page internet: https://fr.wikipedia.org/wiki/O_Haupt_voll_Blut_und_Wunden)
(Petit clin d’oeil: j’ai trouvé une autre version, interprétée par une guitare, que j’ai proposée aux obsèques: https://www.youtube.com/watch?v=rwHPWGPscDA)

Un beau clin d’œil aux personnels soignants surchargés en cette période de pic épidémique: l’artiste Banksy (maître en street-art, ou art du graffiti) a réalisé la toile reproduite ci-dessus, appelée « Game Changer », pour remercier les personnels de santé de l’hôpital de Southampton, au sud de l’Angleterre. Puis il l’a offerte, accompagnée de ce mot: «Merci pour tout ce que vous faites, j’espère que cela égaiera un peu l’endroit». Cette œuvre a alors été mise en vente aux enchères mardi 23 mars 2021 à Londres, au profit du NHS (service public de la santé), pour un prix record!
(Plus de renseignements sur la page internet: https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/banksy/merci-pour-tout-ce-que-vous-faites-contre-le-covid-une-oeuvre-de-banksy-aux-encheres-a-londres-pour-soutenir-les-personnels-de-sante_4343223.html)

Couronne d’épines vénérée à Notre-Dame-de-Paris.

Une aide à la méditation, les courtes émissions « Respiration » de KTO-TV récitent un psaume sur fond de beaux paysages. Ici le Psaume 4 s’adapte bien à la Passion que nous commémorons: https://www.youtube.com/watch?v=O5jgNXrsOpw