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Méditation de l’évangile de dimanche 2 mai par le P.Xavier Guermonprez
Comment fait-on pour épanouir en soi la grâce de son baptême?
À quoi mène la joie pascale dans l’Église? ou de quoi peut-on se réjouir quand on entend la nouvelle de la Résurrection du Christ?
Que peut espérer le monde dans sa recherche du bonheur?
L’image de la vigne qui repousse chaque année en repartant de son pied forme un début de réponse à ces questions…
Comme souvent dans les discours de Jésus dans l’Évangile de saint Jean, les situations concrètes sont peu décrites et il nous faut faire un effort d’imagination pour les avoir à l’esprit…
Mais la force de l’image de la sève qui irrigue l’Église entière (plus de 2,4 milliards de chrétiens aujourd’hui quand même) est bien capable de soutenir notre méditation, n’est-ce pas?

INTRODUCTION:
Saint Jean dans son Évangile situe l’allégorie de la vigne et des sarments au cours du dernier repas de Jésus, au soir du Jeudi-Saint. Jésus doit passer de ce monde à son Père, et il va « quitter » ses amis, mais pourtant il leur demande de rester profondément unis à lui. Il désire toujours vivre en eux, comme un lien essentiel, vital! Il sait que sa vie pourra continuer à couler en eux, dans la profondeur de leur humanité…
-> Dans cet Évangile, il n’y a pas de récit d’institution de l’Eucharistie mais le geste du lavement des pieds. Lorsque nous aidons nos frères ou sœurs en humanité, lorsque nous les aimons, Jésus nous accompagne toujours, et nous aide à aller plus loin dans le don de nous-mêmes.
-> Dans les trois premiers Évangiles, Jésus donne un dernier geste à ses disciples: la consécration du pain et du vin, changés en son Corps et son Sang… Par ce don, il leur restera uni chaque jour, et pour la Vie éternelle. Par ce don, il transmet l’Amour qu’il reçoit du Père par l’Esprit Saint.
-> Jésus transmet ainsi sa propre vie à ses amis: «Le plus grand amour, c’est de donner sa vie pour ceux qu’on aime.» (Jean 15,12) Ainsi il donne la sève de l’Esprit pour que l’Église porte des fruit durables: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi (Galates 5,22-23).

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean. (Jn 15,1-8)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples: «Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples.»

COMMENTAIRE:
L’allégorie de la Vigne est fort parlante! Souvenons-nous aussi des paraboles de Jésus tirées d’images de la nature: le grain de blé, le blé et l’ivraie, le figuier stérile, la graine de moutarde, etc. Le grain qui est enfoui dans la terre, qui meurt à lui-même mais qui produit une plante… Une plante qui grandit grâce à la pluie et au soleil, qui se fortifie, qui s’épanouit, qui s’harmonise avec les autres, et qui produit du fruit enfin! Du fruit, des fruits en abondance, bien plus que nécessaire, comme un miracle de la fécondité de la vie! Tout cela qui requiert que la sève coule, dans toutes les parties de la plante, depuis les racines jusqu’aux extrémités des feuilles… Tout cela qui est favorisé par l’intervention de l’arboriculteur, qui taille les branches pour que les fruits deviennent plus beaux… Une particularité agronomique de la vigne est qu’elle fait partie des lianes, et que donc ses sarments repoussent année après année, toujours plus longs; cette étonnante capacité naturelle désoriente un peu celles ou ceux qui ne connaissent pas cette plante, par exemple en Afrique équatoriale, obligeant les homélistes à des comparaisons forcément limitées! Oui quel prodige de la nature, que cette vie qui coule abondamment, qui tire parti de tout sol, pour produire des fruits toujours plus nombreux!
L’Amour qui coule en nous comme une sève, voilà l’autre partie de l’allégorie! «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés: demeurez dans mon amour» (Jn 15,9) est la phrase qui suit immédiatement la page d’Évangile de ce dimanche. Alors saint Jean passe-t-il du coq à l’âne (de la vigne au commandement d’aimer) ou développe-t-il une même idée? à vous de choisir… mais pour ma part, je trouve tellement parlant cet Amour qui coule en nous comme une sève! Nous pouvons penser à l’amour que nous avons reçu de nos parents, et de nos aînés d’une façon plus générale, qui irrigue les racines de notre humanité. Nous pouvons penser à l’amour qui récapitule le don de notre vie, envers quelqu’un ou envers une action ou envers une communauté… (Dimanche dernier d’ailleurs était consacré à la prière pour les vocations.) Nous pouvons penser à l’amour que nous transmettons à nos enfants ou aux générations à venir, dont nous prenons soin de façon limitée certes, mais qui remplit notre cœur! Cet amour imparfait mais fécond, qui nous épanouit et alimente notre vie… Cet amour, pour les croyants, est fondé sur l’Amour divin! Il vient de plus loin, de plus profond, de plus haut aussi… Il nous embrasse, il nous enserre (Psaume 138,5). Il nous accompagne, il demeure en nous (Jn 15,10). Il nous entraîne et nous guide. Il nous soutient, nous fortifie (Psaume 79,18). Bref Il prend tellement soin de nous! Il traverse notre être et notre histoire, comme une sève spirituelle, qui nous permet de porter des fruits durables: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi (Galates 5,22-23). J’ai envie de conclure en affirmant: pas d’amour sans Amour!
N’hésitez pas à prendre quelques minutes pour méditer les belles phrases des textes cités! Arrêtez-vous sur celle qui vous inspire le plus… et demandez-vous ce que vous en ferez au cours de cette semaine?
-> Évangile selon saint Jean, chapitre 15;
-> Galates 5,16-25 (Les fruits de l’Esprit);
-> Psaume 138(139) (« Tu me connais »);
-> Psaume 79(80) (« Dieu, fais-nous revenir »);
-> Isaïe 5,1-13 (« Le chant de la vigne »);
-> Psaume 21(22) (Psaume du jour, « Tu seras ma louange, Seigneur »);
-> 1Jn 3,18-24 (2° lecture du jour, « aimons en actes et en vérité »).

Pour aller plus loin dans l’interprétation de Jean 15,1-8, et mieux savoir comment l’image de la Vigne est mise en œuvre dans la Bible, vous pouvez lire le commentaire écrit pour la paroisse st-Vincent-de-Paul à Contes (Alpes-maritimes) en 2011:
http://www.paroissestvincentdepaul.fr/article-la-vigne-chez-saint-jean-du-concret-pour-l-eglise-78018628.html

Pour la fête de saint-Joseph-artisan, le 1er mai, en lui associant la mémoire de Marie le samedi, j’ai écrit une prière, que je me permets de vous partager ici :
Vierge-Marie, femme de l’obéissance,
montre-nous comment goûter la brise légère
de l’Esprit qui travaille en nous.
Saint Joseph, homme de l’obéissance,
enseigne-nous la joie du service
et la fidélité de l’humble prière.
Aidez-nous à trouver le chemin de l’intériorité
pour mûrir nos engagements et nos choix
avec un intense désir de sainteté.
Marie, mère du Christ né à Bethléem,
tu as écouté le timbre de sa voix
et les battements de son cœur.
Saint Joseph, père de Jésus et fils de David,
tu lui as transmis tes gestes assurés
travaillant le bois, et édifiant le monde.
Imprégnez nos vies de vos sourires,
de vos silences aussi…
toujours à l’écoute de la Parole qui rend libre!
Marie, femme de la recherche et de la fraternité,
tu as accompagné ton fils jusque dans sa mission,
toujours aidante, mais sans jamais t’imposer!
Joseph, homme de la protection et de l’entraide,
tu as fait grandir ton fils en humanité,
puis tu t’es effacé, lui laissant ton estime…
Humble couple caché à Nazareth, mais immenses témoins
de la Miséricorde de Dieu qui s’étend d’âge en âge,
veillez avec nous dans la foi et la charité!
Marie, mère de l’Église, née de l’eau et l’Esprit,
accepte nos prières et prends-les dans la tienne,
dans la béatitude du ciel que nous espérons.
Saint Joseph, suscite dans le cœur des jeunes
un éveil à l’appel de Dieu,
et la joie d’y répondre!
Conseillez, éclairez et encouragez
celles et ceux qui sont appelés à se donner pleinement
sur le chemin du mariage, de l’ordination ou de la vie consacrée.
Amen.
Père Xavier Guermonprez, le 25 avril 2021, journée mondiale de prière pour les Vocations.

NOTE HISTORIQUE:
Le 5ème dimanche après Pâques est appelé par nos frères et sœurs protestant(e)s le « dimanche de Rogate »!
«Rogate» veut dire en latin «Demandez en implorant, invitez avec insistance, interpellez, mendiez, appelez, suppliez, priez!»; et ce verbe existe encore dans les langues de nos voisins portugais, espagnols et italiens… Les plus anciens d’entre nous ont connu un peu les « jours de rogations », dans les jours qui précèdent la fête de l’Ascension chaque année, qui consistaient à prier pour obtenir la pluie. Cela nous rappelle que l’Église a longtemps été majoritairement rurale, et que les conditions météorologiques manifestaient déjà leurs caprices! Le 5ème dimanche de Pâques (dimanche précédent ces jours) était appelé aussi « dimanche des rogations », car il comprend le passage de l’Évangile de saint Jean: «Demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.» (Jn 15,7)
«Jusqu’au début du XXème siècle, des processions étaient organisées dans les chemins de campagne, à travers champs, comme en attestent de nombreux tableaux de peintres naturalistes. Les fidèles observaient traditionnellement pendant les Rogations un jeûne afin de se préparer à la célébration de l’Ascension et les prêtres bénissaient les cultures. Les croix de station au bord des chemins des campagnes, que l’on trouve en grand nombre, en sont le souvenir.» (Paragraphe extrait de la page internet: https://toulouse.catholique.fr/Les-rogations-une-pratique-desuete)
Nos frères et sœurs protestant(e)s avaient la tradition, notamment en Alsace, d’organiser des processions à travers les champs et de bénir le bétail, pendant les dimanches pascals puis estivaux. (Plus de renseignements sur la page internet: http://www.chants-protestants.com/index.php/cultes-de-fetes/careme-passion-paques/864-f-08-le-dimanche-rogate-5e-apres-paques) Dans le cadre de l’encyclique Laudato’si, ne pourrions-nous pas prier pour la nature -que nous domestiquons le plus souvent-, à la fois dans l’action de grâce et dans l’espérance envers le Créateur de tout?!?
Pour mieux connaître l’histoire médiévale et récente de ces Rogations: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jours_des_Rogations#:~:text=Les%20jours%20des%20Rogations%20sont,anglicane%20et%20quelques%20%C3%89glises%20orthodoxes.

Bonne fête du muguet (même si confiné) !
